Amitié à sens unique : jusqu’où faire des efforts ?
Pourquoi avons-nous parfois le sentiment d’un manque de réciprocité en amitié ? Comment faire le tri entre un déséquilibre dans la relation, notre interprétation et nos exigences personnelles ?
Quand une amitié devient-elle déséquilibrée ?

Une amitié ne peut pas reposer sur une stricte égalité. Qui pourrait d’ailleurs se poser en juge d’une telle impartialité ? C’est tout bonnement impossible. Trop de facteurs entrent en compte dans un tel jugement : la personnalité de chacun, les périodes de vie ou simplement les différentes façons d’envisager les rapports humains. Finalement, la seule question qui vaille pourrait se résumer ainsi : « Qu’est-ce que je retire de cette relation ? »
Nos relations sociales, qu’elles soient familiales, amicales ou amoureuses, sont par nature imparfaites. Il est impossible d’arriver à une compatibilité absolue tant la condition humaine est complexe et varie selon le vécu, les périodes et les situations.
De fait, nous n’avons pas tous les mêmes besoins et n’accordons pas tous la même importance aux mêmes gestes. Ce qui peut sembler être un manque d’investissement pour l’un peut donc être vécu comme une relation parfaitement normale par l’autre. Donc, à la question « Quand une amitié devient-elle déséquilibrée ? », je répondrais : tout le temps. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille tout accepter.
À retenir
• Ne pas chercher une réciprocité absolue en matière d’amitié.
• Avoir conscience de ce que l’on vient chercher dans une relation et pourquoi on le cherche.
• Se demander si nos attentes sont compatibles avec la personne sur laquelle on les porte.
• Si une relation nous apporte de la satisfaction, essayer de rester tolérant et de ne pas devenir trop comptable.
• Faire des efforts pour l’autre de bon cœur, pas des efforts forcés.
• Prendre du recul et essayer de se placer aussi du point de vue de l’autre.
• Une relation imparfaite n’est pas nécessairement une mauvaise relation.
• Si la relation apporte durablement plus de frustration que de satisfaction, ne pas se questionner indéfiniment et savoir passer à autre chose.
À lire ensuite
Faire le tri pour mieux vivre
Le constat est simple : dans nos vies modernes, nous manquons constamment de temps. Alors pourquoi en consacrer à des choses qui ne nous apportent rien ou, plutôt, qui nous apportent surtout des frustrations, des questionnements et, plus largement, du négatif, au détriment d’autres choses plus positives ? À froid, je pense que chacun est capable, dans la majorité des cas, de savoir au fond de lui ce qu’une relation lui apporte réellement. C’est là que la question devient importante : que faisons-nous de ces déséquilibres ? Allons-nous jusqu’à transformer la frustration en rancœur, dans l’attente de choses qui ne nous ont jamais été promises ? Ou, à l’inverse, allons-nous condamner trop vite une relation qui aurait pu nous apporter quelque chose ? Plutôt que de nous laisser porter, peut-être devrions-nous davantage nous questionner. J’imagine qu’aux deux extrêmes se trouvent, d’un côté, une ligne rouge à ne pas franchir : le vol, la tromperie, la manipulation, le mensonge… et, de l’autre, une relation idéalisée : l’écoute permanente, la compassion, la générosité, l’empathie, l’altruisme…
Et puis il y a tout le reste. Tout ce qui se trouve au milieu. Et là, c’est plus compliqué.
Clarifier ce que l’on attend d’une amitié
Tout le monde ressent, à un moment ou à un autre, cette sensation inconfortable qui nous amène à mettre en perspective notre investissement envers les autres et ce que l’on reçoit en retour. Nous avons tous connu cette frustration en comparant certaines démarches que nous entreprenons pour quelqu’un et le manque apparent de réciprocité, qu’il s’agisse de temps, d’efforts, de soutien matériel ou affectif
Je pense pourtant qu’il faut essayer de dissocier les deux. Donner quelque chose à quelqu’un ne crée pas automatiquement une dette équivalente chez lui. Mais il y a de fortes chances qu’une amitié à sens unique ait du mal à s’inscrire dans la durée.
1. D’où vient cette relation ?
S’agit-il d’une amitié historique, liée à l’enfance ou à une longue période de notre vie, ou d’une relation beaucoup plus récente ?
L’ancienneté ne garantit rien, mais elle crée une histoire commune et souvent des attentes différentes. Nous ne regardons probablement pas de la même manière un ami présent depuis vingt ans et une personne rencontrée récemment.
2. Que recherchons-nous dans nos relations ?
Probablement des choses différentes selon les personnes et les périodes de notre vie. Parfois des relations ponctuelles et légères, parfois des liens beaucoup plus profonds.
Plus ce que nous attendons d’une relation est important, plus nos attentes envers l’autre risquent naturellement de l’être. Encore faut-il avoir conscience de ce que nous recherchons réellement.
3. Adapter nos attentes à la réalité de l’autre
On ne peut pas attendre exactement la même disponibilité de tout le monde. Les responsabilités, les contraintes et les périodes de vie comptent.
Il me semble donc normal d’être plus tolérant avec quelqu’un qui jongle avec une famille, une activité professionnelle exigeante ou de nombreuses obligations qu’avec une personne disposant de beaucoup plus de temps libre.
Le contexte ne justifie pas tout, mais il doit faire partie de notre jugement.
4. Dans l’ensemble, suis-je satisfait de cette relation ?
Malgré les incompréhensions et les aléas propres à toute relation, est-ce que je suis globalement satisfait des interactions qu’elle me procure ?
On n’est pas obligé de tout comprendre chez l’autre. On peut parfois souhaiter davantage tout en reconnaissant à cette personne une réelle valeur dans notre vie et dans nos échanges.
5. Est-ce mon besoin qui dicte mon jugement ?
Nous vivons dans une époque où l’épanouissement personnel, l’écoute de soi et la satisfaction de nos besoins prennent une place de plus en plus importante. Cette évolution peut être bénéfique, mais appliquée à nos rapports humains, elle peut aussi nous conduire à tout regarder à travers le prisme de nos propres attentes.
Le problème ne vient alors pas seulement de ce que l’autre ne nous donne pas, mais aussi de ce que nous estimons légitime d’attendre de lui.
6. Est-ce que j’essaie de me placer du point de vue de l’autre ?
Même si je ne vois pas les choses de la même manière, puis-je comprendre ses réactions, ses contraintes ou sa façon d’entretenir une relation ?
Comprendre ne veut pas dire approuver ou tout accepter. Cela permet simplement de distinguer plus facilement une différence de fonctionnement d’un véritable manque d’intérêt.
7. Est-ce qu’il reste réellement quelque chose de positif ?
Et puis il existe des situations où, malgré tous ces efforts de compréhension, il ne reste finalement que des relances, des questionnements, des efforts forcés et de la frustration.
Quoi qu’il en soit, je pense qu’il faut essayer de faire les choses de bon cœur. Si l’on se force constamment à appeler, proposer, aider ou maintenir le lien, la frustration finira probablement par prendre toute la place.
À l’inverse, on peut parfaitement être plus présent que l’autre pendant une période sans en souffrir. Et puis, si un jour nous n’en avons plus envie, nous pouvons simplement arrêter d’en faire autant.
Le point Onyura
En rédigeant cet article, une réflexion m’est venue et une autre s’est rappelée à mon bon souvenir.
Je vais commencer par ce souvenir.
Je pense avoir eu jusqu’à aujourd’hui une vie sociale bien remplie, en partie grâce à ma personnalité, mais surtout à mes nombreux déménagements et à mon parcours professionnel. Jeune adulte, j’avais une multitude de camarades, avec tout ce que cela comporte de bons moments et de moins bons.
Arrivé à la trentaine, je suis parti vivre à l’étranger. Coupé de beaucoup de monde, mon esprit s’est parfois replongé dans cette période et dans toutes ces relations. Et un constat assez triste m’est apparu : très peu de gens me manquaient réellement.
Puis une autre question est venue : parmi toutes ces personnes, combien étaient encore capables de partager avec moi un vrai bon moment ?
Avec le recul, c’est peut-être devenu à mes yeux le filtre ultime. On peut demander ceci, attendre cela, mesurer les efforts ou la réciprocité, mais lorsque, malgré tout l’investissement que l’on met dans une relation, le simple plaisir de partager un moment ensemble n’est plus là, il faut peut-être savoir tourner la page et passer à autre chose.
Et puis, en écrivant cet article, une autre réflexion m’est venue : dans combien de cas nos questionnements sur notre investissement et sur ce que l’autre nous donne en retour ne sont-ils finalement qu’une histoire d’ego ?
Avons-nous réellement besoin de plus de présence, d’attention ou de réciprocité ? Ou avons-nous parfois simplement besoin de sentir que nous comptons autant pour l’autre qu’il compte pour nous, et qu’il consent aux mêmes efforts, voire aux mêmes sacrifices que ceux que nous avons le sentiment de faire ?
La nuance est importante. Car dans ce cas, ce n’est peut-être plus seulement la relation que nous jugeons, mais aussi la place que nous aimerions y occuper, notre implication en miroir de celle de l’autre, et notre difficulté à accepter qu’il ne soit pas prêt à donner autant que nous.
Peut-être cherchons-nous parfois moins à savoir si une relation nous convient réellement qu’à comprendre pourquoi l’autre ne s’investit pas comme nous estimons qu’il devrait le faire.
C’est probablement là que le discernement devient le plus difficile : savoir distinguer ce qui nous manque réellement, ce que la relation nous apporte encore, et ce qui blesse simplement notre ego.





Commentaires